Le parcours de Christine Solaï se construit à l’intersection de la réflexion conceptuelle, du volume et de l’image en mouvement. Sa trajectoire prend sa source dans des études initiales en philosophie, qui ancrent durablement dans sa recherche le goût pour les architectures de la pensée, le questionnement sur les origines et le sens des traces.
Cette approche trouve son prolongement plastique au sein de l’École des Beaux-arts de Grenoble, dont elle sort diplômée du DNSEP en 2000. C’est là que s’affine son rapport à l’espace à travers la création de performances filmées et d’installations vidéo. Soucieuse de faire dialoguer le volume et l’image animée, elle intègre ensuite Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains (Promotion Pasolini, 2000-2002). Pour son projet de spectacle de fin d’études, elle collabore avec des artistes de cirque issus du CNAC. Cette expérience hybride marque le début de ses allers-retours fondamentaux entre les arts vivants et l’image.
Dans la continuité de ces recherches, elle part en Islande tourner son premier film. Ce voyage scelle le point de départ d’un ancrage profond dans le cinéma documentaire. Elle y déploie une posture contemplative, basée sur la collecte, en essayant d’interférer le moins possible avec les éléments qu’elle trouve. Cette nécessité d’interroger les traces la mène plus tard dans la région de Tindouf, au sein des campements de réfugiés sahraouis (Sahara occidental / RASD). Elle y mène une recherche sur la transmission de la mémoire d’un territoire perdu au sein d’une population en exil, observant comment l’immatériel reconstruit un abri. C’est au fil de ces expériences fondatrices qu’elle apprivoise le pouvoir d’écriture propre au montage de l’image et du son. Christine Solaï comprend alors que l’assemblage et le collage deviendront sa manière définitive de travailler.
Complétée plus tard par un Master professionnel en réalisation documentaire à Bordeaux, cette trajectoire a sculpté une pratique axée sur la sédimentation. Qu’elle conçoive des scénographies épurées pour le théâtre — où les éléments se font supports de sens dépouillés d’artifice — ou qu’elle explore à l’atelier la mémoire des matériaux (comme son travail sur l’albâtre à la Galerie Alain Ellouz), sa recherche reste fidèle à un geste unique : glaner l’anecdotique, pour traduire l’histoire universelle de nos trajectoires communes.